histoire famille Mulot

histoire de la famille Mulot, Mulot Durivage
par Jean-Louis Mayeux

C’est une toute autre affaire que la famille Mulot du Rivage. Les recherches généalogiques effectuées par Alfred Mayeux remontent avant 1650 (Robert Mulot, sieur de La Vallée).

La famille Mulot du Rivage est originaire de Granville depuis au moins 7 générations. À Granville les Mulot du Rivage étaient appelés le plus souvent « Les Durivage » et dans tous les cas Mulot du Rivage sans trait d’union. Ce n’est pas un Mulot qui a épousé une Durivage. C’est une famille de marins, de négociants, d’armateurs, de corsaires. La même personne pratiquait les quatre professions en même temps. Cela ne posait pas de problèmes à cette époque. La grande majorité des Mulot était Officiers de marine et commandant de navire.

Il faut dire que la petite ville de Granville a embarqué jusqu’à 4.000 marins lors d’une campagne de pêche. En 1776, 110 bâtiments furent armés à la pêche à Terre Neuve. On imagine l’animation qu’il devait y avoir sur le port. Ces marins sont embarqués à la Grande pêche en temps de paix et en temps de guerre une partie embarque sur les vaisseaux de guerre, les Granvillais arment à la « Course ». Dans l’histoire de Granville Charles de La Morandière écrit : « Granville était alors une pépinière d’hommes de mer, la pêche à Terre Neuve était une rude école. »

Pendant les temps de guerre contre les Anglais, les rois Louis XIV et Louis XV firent pression sur les armateurs granvillais pour les inciter à armer en course. De nombreux navires granvillais furent transformés en corsaires et prirent la mer avec des lettres de marque.

Les marins Granvillais avaient la course dans le sang. Les hommes qui depuis leur enfance affrontaient les dangers de la pêche à Terre Neuve, qui s’étaient mesurés bien des fois à coup de canon soit avec les pirates qui venaient leur chercher noise dans les eaux de Terre Neuve ou qui se dressaient devant eux aux approches du Maroc, ne faisaient pas la fine bouche pour s’engager dans la guerre de course qui souvent rapportait gros.

Je vous propose de faire un petit état des principaux Mulot.

Le premier répertorié par notre père Alfred Mayeux est donc:

Robert Mulot sieur de La Vallée né en 1653 et mort en 1725 à Granville.
Marchand résidant à Granville en la Haute Ville.
marié trois fois : 3 enfants du premier mariage, 5 enfants du deuxième mariage, 9 enfants de son troisième mariage avec Marguerite Bélliard. Eh oui, un ancêtre de notre mère avait épousé une ancêtre de notre père.

Claude Mulot, né en 1685, fils du précédent, commandant de navire, négociant.

Jacques Mulot, né en 1699, frère du précédent, officier, commandant de navire. Lors d’un combat le 28 mars 1747, il perd les deux bras. Son beau-frère Mathieu de La Rue a la mâchoire arrachée, les yeux brulés. Il vécu encore 20 ans, muet et aveugle avec un masque d’argent.

Jacques Mulot le jeune, né en 1706, frère du précédent, officier de Marine.

Gaud Mulot, né en 1718, demi-frère du précédent, marin navigue à Terre Neuve, pilote sur le « Joseph », en 1759 disparu en mer sur le « Comte de Rivière. »

Jean-François Mulot sieur du Rivage, frère du précédent, né en 1721, capitaine, négociant, armateur.

Pierre Jean Mulot Durivage, né en 1760, fils du précédent, capitaine de navire, négociant, armateur à Granville. Capitaine, entre autres navires, sur le corsaire « le Dragon », fait prisonnier par les Anglais.

François et Charles Mulot, frères du précédent, officiers de marine.

Pierre Mulot Durivage, né en 1792, capitaine au long cours, commissaire de marine.

René Aimable Mulot Durivage, né en 1801, frère du précédent, capitaine au long cours et négociant.

Léon Mulot Durivage, né en 1850, fils du précédent, capitaine de frégate.

René François Mulot Durivage, né en 1856, frère du précédent, commissaire de la marine.

Sans oublier, parmi les filles Mulot, celles qui épousèrent des marins :

Esther Marie Mulot Durivage, née en 1790, épouse un certain Nicolas Girard capitaine au long cours, négociant, armateur à Granville.

Jeanne Mulot Durivage épousera Hippolyte Marie, capitaine de vaisseau.

La presque totalité de tous ces Mulot sont nés à Granville. Ils ont demeuré en la Haute ville et à Saint-Nicolas. Ils étaient propriétaires du 3 de la rue Notre Dame. Cette maison a été vendue en 1916 à l’évêché pour en faire le presbytère de la paroisse Notre Dame. Le prix de vente a été sous évalué. C’était une bonne œuvre. Mais le comble est que l’évêché n’en a jamais fait un presbytère et l’a revendu au prix fort.

C’est Tante Madeleine qui a signé l’acte de vente à Granville. Normalement c’était Jeanne la propriétaire mais elle ne pouvait se déplacer attendant la naissance de Thérèse et son mari Hippolyte était en mer entre Halifax et Fort de France.

Extrait du Journal de Tante Madeleine:

« Mes grands-parents habitaient le 3 de la rue Notre Dame. Cette grande maison qui a abrité plusieurs générations. J’y suis allé plusieurs fois toute petite car papa en était propriétaire. Je me souviens très bien d’un grand salon avec de belles boiseries, de la salle à manger avec des boiseries et du grand escalier en granit avec une belle rampe en fer forgé. »

« Vendredi je suis allée à Granville avec l’abbé, il fallait que je donne ma signature pour la maison de la rue Notre Dame. Quelles chinoiseries mon Dieu. Le notaire a soulevé des montagnes parce que les pièces relatives au partage n’avaient pas été faites par un professionnel et alors des bâtons dans les roues que ça en devenait abrutissant. Bref pour cette chose toute simple de vendre la maison pour en faire un presbytère; il a fallu remuer des monceaux de papiers pour trouver comment la maison était entrée dans la famille. Comme elle y était avant 1809 cela n’a pas été un petit travail. Enfin quand nous avons eu prouvé au notaire que nous ne l’avions pas volée et qu’elle nous appartenait bel et bien, il a fallu signer des tas de paperasses et vendredi avec le curé de Notre Dame, j’ai du écouter la lecture de l’acte de vente, il y en avait des pages.

Dans cette affaire qui en somme ne regarde que Jeanne, on m’a remis 20.000 francs pour Jeanne et avec cette petite somme dans mon sac, je suis allée toute seule au cimetière. Je suis revenue par le chemin de la falaise par un temps splendide. Que Granville était beau ! Je n’étais qu’à demi rassurée. Je pensais que cela serait si facile à un Belge de me prendre mon sac et de me dégringoler dans la mer. Ces indésirables sont toujours parqués dans la Corderie. Ça beau être des lâches, c’est navrant de voir tous ces gens qui vivent là pêle-mêle depuis 20 mois, maigres, hâves, dépenaillés et qui vous regardent avec envie.

Il a fallu prendre le train et s’éterniser en gare de Folligny.

Dommage qu’on ait vendu la maison sans faire de recherches dans le grenier. J’y suis allée avec bonne-maman la veille où on a remis les clefs. Le grenier était rempli de choses hétéroclites. Il m’a semblé qu’il y avait là des choses qui devaient venir des prises de corsaires, des boulets, des mortiers enfin un capharnaüm impossible à remuer.

Par terre j’ai trouvé des parchemins. J’ai marché sur deux parchemins avec des soies vertes et rouges et de grands cachets de cire signés par Louis XIV. »
(parchemins remis à Papa par tante Madeleine) ?

René Aimable Mulot Durivage et son épouse Bonne Antoinette Michel habitaient au 3 de la rue Notre Dame. Ce sont les arrière-grand-parents maternel de Thérèse, notre mère.

René Aimable était capitaine au long cours et négociant. Ils eurent trois fils : Albert ingénieur très brillant sorti de l’École Centrale, Léon officier de marine (le grand-père de Thérèse et le père de Jeanne et de Madeleine) et Pierre commissaire de la Marine.

Tante Madeleine écrit :

« Mes grands-parents Mulot Durivage étaient morts lorsque je suis née. Je n’ai donc entendu parler d’eux que par mon père et surtout par Céline. Céline était une sorte de femme de charge qui accompagnait ma grand-mère et dirigeait la maison. Dans ce temps là on était très bien servi et il y avait souvent une personne très attachée à la famille qui suppléait à la maitresse de maison.

Donc Céline avait la confiance de mes grands-parents. Quand l’oncle Albert est mort en 1876, il était associé avec Panhard Levassor. Ma grand-mère active et très femme d’affaires comme tous les Granvillaises de ce temps là, a voulu aller elle-même liquider les affaires avec Panhard. Elle a loué un petit appartement à Paris, rue Amiot et Céline a accompagné Madame pendant cette liquidation.

Céline était donc un personnage dans la maison de Granville et papa et l’oncle Pierre avaient beaucoup d’estime pour elle. Elle s’est mariée sur le tard après la mort de mes grands-parents et a épousé un excellent marin qui était capitaine sur un bateau à Granville. Papa les a fait venir à Cherbourg et a si bien recommandé le mari de Céline qu’il est devenu commandant d’un des bateaux transbordeurs.

Quand nous étions petites, la grande récompense était d’aller voir Céline chez elle. Elle nous préparait de bons gouters. Cela nous amusait de voir les photos de toute la famille dans de beaux cadres. Elle nous racontait un tas d’histoires sur mes grands-parents.

C’est elle qui nous a raconté que Madame avait si grand air quand elle portait la cape et la bavolette car il était d’usage à Granville que les dames de la Haute Ville, pour assister à un enterrement, portent la cape et la bavolette du costume granvillais. C’était des capes en poil de chèvre.

Céline racontait que Monsieur était toujours correct et si bien habillé. Il paraît que notre grand-père était toujours très soigné, très bien chaussé et très fier de son pied. Car dans la famille le côté masculin avait de jolis pieds dont papa avait hérité. Il était d’usage que les messieurs de ce temps là descendent sur le Cours Jonville chaque semaine pour la musique. Ils arboraient leur chapeau de soie, leur redingote, prenaient leur canne et tournaient en rond autour du kiosque en parlant et en écoutant la musique.

Mon grand-père avait tellement cette habitude qu’après la mort de ma grand-mère, le jour de la musique, il s’est habillé pour s’y rendre et c’est Céline qui lui a dit : « Mais Monsieur ne peut aller à la musique si près de la mort de Madame ». Il lui a répondu : « Vous avez raison ma bonne Céline ».

On était de famille de corsaires et on y tenait. Le caractère granvillais est bien spécial. La marine accaparait beaucoup les maris, alors les femmes n’étaient pas du tout « poules mouillées ». Elles avaient beaucoup d’initiatives et d’énergie. C’étaient elles qui géraient les fortunes, prenaient les décisions, dirigeaient les enfants.

Il y avait peu de ressources au point de vue études à Granville. C’est pourquoi l’oncle Albert et l’oncle Pierre ont du aller à Paris pour leurs études. Papa a été interne au lycée de Cherbourg qui avait une classe spécial Marine. »

Bien entendu tous les Granvillais se connaissaient. On était plus ou moins parents dans la Haute Ville. Il y avait beaucoup de mariages entre familles.

En 1885 Léon Mulot Durivage achète une maison rue Amiral-Courbet à Cherbourg pour la somme de 28.000 Francs. La famille Mulot Durivage quitte Granville pour Cherbourg, Le Havre, Paris, Carqueiranne.

Emilien Mulot Durivage, peintre impressionniste avait fait partie du groupe qui exposa chez Nadar en 1874. Il vivait avec sa sœur Azelma à Saint-Sauveur-le-Vicomte.

René Mulot Durivage, dit Pierre, commissaire de la marine, épouse Marguerite Mulot du Havre. Il quitte la marine peu de temps après son mariage, s’installe à Donville puis achète « La Coquerie » à Longueville en 1899. Son fils René revend cette propriété en 1909 et part à Carqueiranne où il achète « le Val Vert. »

D’après tante Madeleine, « l’Oncle Pierre était bien moins marin que son frère Léon. Il était assez paresseux et avait fait son droit très tranquillement. Cela lui a tout de même permis d’être commissaire de la marine mais ayant épousé ma tante qui était Mulot de la branche du Havre, elle ne tenait pas à la marine. Elle lui a fait donner sa démission au premier embarquement et sa fortune aidant, il a renoncé à faire quelque chose. Ils ont bien mal dirigé leur barque puisqu’ils se sont ruinés ».

La maison du 3 rue Notre Dame, en location, est vendue en 1916.

Nous allons maintenant suivre la famille de Léon Mulot Durivage à Cherbourg, Léon étant le grand-père de Thérèse.

Mais tout d’abord nous allons parler de la famille Tiphaigne à qui appartenait la propriété de Hauteville qui n’est pas sans nous laisser quelques souvenirs.

Également n’oublions pas que la grand-mère de Thérèse, la femme de Léon s’appelait Gabrielle Tiphaigne, que la mère de Gabrielle, Palmyre Pennier était la femme de Ferdinand Tiphaigne.

Quelle était cette famille Tiphaigne ? Grace à Tante Madeleine nous avons quelques souvenirs de la famille Tiphaigne. C’est une famille de la Manche qui avait beaucoup d’attaches à Hauteville. Contrairement aux Mulots, les Tiphaigne étaient plutôt des terriens.

Alfred Mayeux a fait la généalogie de cette famille. Il remonte à un certain Nicolas Tiphaigne dit « Colin » né en 1619 qui avait épousé Noëlle Tiphaigne. Ils eurent un fils Jean Tiphaigne dit « Guilberdière » (allez savoir pourquoi ?), né en 1645 et marié à Hauteville et qui eut 9 enfants. Par contre nous ne connaissons pas leur activité professionnelle.

Nous arrivons à Gabriel Tiphaigne, né à Hauteville en 1789, profession propriétaire. Il a épousé une jeune fille de Saint-Lô qui s’appelait Justine Fauvel. Elle était orpheline et son tuteur l’avait mise en pension chez les Augustines à Coutances. Quand elle a eu 19 ans, il s’est agi de lui faire quitter son couvent et son tuteur étant un vieux garçon n’a pas voulu s’en charger. Alors on l’a mariée. Gabriel Tiphaigne convenait à son tuteur. On le lui a présenté au couvent sous la surveillance de la mère Supérieure et après quelques visites au parloir on les a mariés. Ils eurent 3 enfants : Frédéric, Joséphine et Ferdinand Fulgence né en 1828.

Gabriel  décède à 51 ans et Justine, veuve à 40 ans, doit élever ses deux garçons Frédéric et Ferdinand. Nous pensons que Joséphine est décédée assez jeune. La vie est très austère à Hauteville avec une mère très autoritaire et pas commode parait-il, menant ses fils à la baguette.

Il y avait une vieille cuisinière Fanchon que les deux garçons faisaient bien enrager parfois, lui jouant mille tours. Tante madeleine raconte que les gens du village plaignaient beaucoup les petits messieurs qui étaient sévèrement tenus par leur mère. Fanchon devait raconter ce qui se passait au village.

La famille Tiphaigne devait avoir des biens car à 20 ans environ, les deux garçons partirent faire leur droit à Paris. Par contre ils ne menèrent pas leurs études de droit jusqu’au bout. Pour quelle raison ont-ils abandonné, nul ne le sait. Peut-être que leur mère a du se fâcher et les a obligé à prendre une situation.

Ferdinand a épousé Palmyre Pennier à Saint Lô en 1855. Ils eurent une fille Gabrielle qui épouse Léon Mulot Durivage à Hauteville en 1878. Ferdinand achète une charge de commissaire priseur à Valognes, rue de la Poterie, charge qui ne l’intéressait pas du tout et qu’il a fait gérer par un ami monsieur Cauvin, père de madame Point qui ont été par la suite d’excellents amis des Mulot.

Apparemment cette affaire bien gérée par monsieur Cauvin devait être suffisante pour subvenir aux besoins de la famille qui habitait à Valognes et à Hauteville.

Palmyre Pennier était fille unique. Apparemment son père vivait de ses rentes. Il avait une maison rue du Neufbourg à Saint Lô. Mariée à 19 ans à Ferdinand, elle raconte qu’un jour ses parents lui avait dit : « Nous avons fait la connaissance de monsieur Tiphaigne qui nous convient très bien comme mari pour toi » et cela a été ainsi décidé. Dans ce temps là les jeunes filles disaient « Amen » aux parents lorsqu’ils avaient choisi un gendre. Donc Palmyre s’est mariée et est venue habiter Hauteville qu’elle n’aimait pas car elle n’appréciait pas la campagne et détestait sa belle mère qui la traitait en petite fille.

La maison d’Hauteville a du être construite sous Louis XVI par un ancêtre Tiphaigne. À l’origine la maison s’arrêtait après le salon, suivait ensuite le bûcher, la remise et l’atelier. Plus tard, vers 1878 les grands parents Tiphaigne ont ajouté là haut le petit bureau garde robe et deux chambres qui s’ouvraient avec des portes fenêtres sur une terrasse qui couvrait la remise. À cette époque la cuisine actuelle était un grand débarras, la salle à manger était la cuisine, le salon était la salle à manger.

Avant la révolution elle était occupée par l’abbé Gabriel Tiphaigne, né en 1749, curé de Hauteville et de Montmartin. Pendant la révolution les Hautais ont été très agités. Le curé a voulu les raisonner, mal lui en a pris car ils ont arrêté leur curé, l’ont attaché sur un âne à califourchon à l’envers avec la queue de l’âne dans les mains et lui ont fait faire le tour de la commune (dixit Tante Madeleine). Le pauvre curé terrifié a réussi à se cacher et s’est sauvé en barque à Jersey.

Ferdinand Tiphaigne adorait voyager. Aussi il abandonnait sa femme Palmyre et sa fille Gabrielle et partait à l’aventure, la Suisse, le Rhin. Il aimait beaucoup la montagne. Il rapportait des cadeaux à sa femme et à sa fille. C’était la belle vie ! Malheureusement pour lui,il n’en a pas profité très longtemps car il est mort en 1886 à l’âge de 58 ans.

Tant qu’à son frère Frédéric, il s’est pris de passion pour l’agriculture. Il est allé étudier en Hollande tous les perfectionnements pour les laiteries, les étables. Il a épousé madame veuve Bucaille qui avait ses gouts et une belle fortune. Ils ont acheté une propriété aux Veys près de Carentan.

Tante Madeleine raconte :

« qu’ils avaient de très belles vaches, logées dans des étables perfectionnées avec des ruisseaux d’eau courante. Les vaches avaient leur queue attachée au plafond avec une poulie pour ne pas se salir. L’oncle Frédéric avait gagné avec ses vaches une belle collection de médailles d’or, de vermeil et d’argent. C’était une ferme modèle. Il y avait également des chevaux, des purs sang très fringants.

Après la mort de l’oncle Frédéric, sa femme a continuée à exploiter la ferme. Elle avait pris un vacher pour diriger tout cela. Elle est morte à l’âge de 86 ans en 1899 alors que nous étions à Toulon. Elle n’avait pas d’enfants.

À la demande du notaire,Léon Mulot Durivage, second sur le « Cassard », a été obligé de venir en vitesse pour le règlement de la succession. Apparemment il y avait des problèmes avec le cocher Auguste qui fricotait avec la cuisinière, la vieille Marie Pelvey. Ils pensaient se marier sur le tard, fortune faite et, parait-il, ils s’étaient déjà constitué un joli petit magot. Heureusement que le notaire très honnête s’était rendu compte de leur manigance. »

Pour en revenir à la Grand Mère Tiphaigne, Tante Madeleine ne l’a pas connue, ni elle ni ses fils

Ferdinand et Frédéric. Par contre elle a connu la femme de Frédéric : « Tous les ans nous passions 3 ou 4 jours chez elle en rentrant à Cherbourg. » Elle était la marraine de Tante Madeleine et son grand-père Ferdinand était son parrain. Elle ne l’a pas connu car il est mort en 1885 alors qu’elle avait 2 ans.

Leon Mulot Durivage épouse donc Gabrielle Tiphaigne en 1878 à Hauteville. C’est la grand-mère Durivage, Bonne Antoinette, qui a combiné avec ses amis d’Annoville le mariage de Léon et de Gabrielle : « Ils se plaisaient et ne se sont pas fait prier » dixit Tante Madeleine. « Mme Mulot Durivage s’est occupée de la corbeille, des bijoux etc. et a fait à Paris les voyages nécessaires pour choisir chez Fontaine, rue de la Paix escortée de sa fidèle Céline. Jeanne est née en 1880 et Madeleine en 1883.

Quand Ferdinand est décédé, bonne-maman, Palmyre, s’est retrouvée seule. Elle s’entendait admirablement bien avec son gendre, Léon Mulot Durivage, et sa fille Gabrielle. Elle est donc venue habiter chez eux. Elle a vécu avec nous de 1885 jusqu’à l’année de sa mort en 1924.

Palmyre et sa fille Gabrielle sont décédée la même année.

Léon et Gabrielle se sont d’abord installés rue Cachin à Cherbourg où est née Jeanne en 1880, puis rue de L’Alma où est née Madeleine en 1883 et enfin ils ont acheté la maison rue Amiral Courbet, Jeanne avait 5 ans et Madeleine 2 ans. »

La maison venait d’être construite pour un certain commandant Zimmerman qui avait vu trop grand et n’avait pu la garder suite à des problèmes financiers. D’après Tante Madeleine, l’achat de cette maison par son père avait semblait extraordinaire dans la marine où comme le disait l’amiral Escande on ne s’installait complètement chez soi qu’au grade de capitaine de frégate. C’était de tradition.

Dans ces familles il y avait souvent un nombre conséquent d’employés. Ainsi Léon et Gabrielle avaient une cuisinière mariée à un marin ouvrier au port qui faisaient divers travaux à la maison où le ménage habitait. Il y avait une bonne d’enfants Augustine pour Jeanne et une nourrice pour Madeleine.

Tante Madeleine écrit:

« Par la suite nous avons eu une cuisinière bretonne Pauline, elle était grande et faisait un certain effet avec sa grande coiffe de Saint-Brieuc et le dimanche son grand châle et son tablier à bavette. Elle se servait parfois de locutions bretonnes et c’était drôle de l’entendre parler avec Margaret, notre seconde bonne anglaise qui était arrivée de son couvent de Norwood et qui parlait très mal le français. »

Tante Madeleine écrit :

« Bonne Maman nous accompagnait partout : à Brest, à Quiberon, à Toulon. Toute la marine la connaissait, partout on la réclamait avec papa et maman. C’était la belle-mère modèle que tout le monde aimait. Elle était gaie, très spirituelle, très en train, au courant de tout et de tous. Elle était si vive que nous recevions parfois des calottes. Je ne lui en voulait du reste pas, car c’était toujours mérité mais ça partait comme du champagne et je préférais ne pas être à côté d’elle à table. La dernière calotte que j’ai reçue, c’est je crois à 22 ans parce que je riais trop fort à table.

Papa allait tous les ans au ministère, non pour soigner son avancement mais pour retrouver des camarades, des amis de retour d’embarquement. Il revenait souvent avec des timbres, des coquillages, des pierres, un tas de petits souvenirs que des camarades rapportaient à Bonne Maman de leurs campagnes.

On parlait beaucoup à la maison de tous les amis de papa qui nous comblaient de boites de bonbons Jeanne et moi. Pierre Loti était aussi un habitué de la maison faisant partie des intimes qui venaient diner dès qu’ils arrivaient au port sans attendre d’invitation. Mais j’étais trop petite pour me rappeler de lui. Je sais seulement qu’il adorait les chats comme Bonne Maman et qu’elle l’attendait toujours pour le consulter à leur sujet.

En quittant Cherbourg en 1998, nous avions eu un départ sensationnel avec tout un groupe d’amis qui nous a accompagné. Ils nous ont aidé à caser dans leur wagon Clémence, la cuisinière et Georges que papa a eu la permission d’emmener sur le « Cassard » comme maître d’hôtel.

Papa avait un charmant caractère toujours content, toujours joyeux et plein d’entrain. Je ne l’ai jamais vu de mauvaise humeur que lorsqu’il devait gronder ses filles, ce qui était rare bien sûr. Il y avait des choses défendues, il fallait obéir. Il ne voulait pas que ses filles soient des poules mouillées. Il ne fallait pas avoir peur de quoi que ce soit.

Papa chantait très faux et il chantonnait toujours des airs d’opérette qu’il connaissait parfaitement bien. Maman et lui adoraient la musique. Ils avaient tout à fait les mêmes goûts. Jamais je n’ai entendu entre eux la moindre discussion et avec Bonne Maman c’était l’accord parfait, une excellente ambiance pour les petites filles que nous étions. Nous n’étions pas aussi gâtées que certaines de nos amies mais on cherchait toujours à nous faire plaisir et à nous récompenser quand nous le méritions »

La famille Léon Mulot Durivage a surtout vécu à Cherbourg à part l’embarquement à Brest, à Quiberon et à Toulon. À Quiberon, Léon embarque sur la « Résolue » qui était commandée par le futur beau-père de Madeleine, le commandant Gourdan. Il avait un fils Paul âgé de 11 ans qui ne se souciait pas alors beaucoup de la Madeleine de 3 ans. La famille Mulot suivait le marin dans ses déplacements ce qui n’était pas le cas de toutes les familles d’officiers.

Par contre, lors de son affectation de deux années en Islande, la famille resta à Cherbourg. Le fait d’être propriétaire de la maison rue Amiral-Courbet incitait la famille à moins se déplacer. Léon ne recherchait pas les embarquements lointains. Il avait fait le choix d’être le moins possible séparé de sa famille, sa maison, son jardin. Naturellement son avancement s’en est fortement ressenti, alors que nombreux de ses camarades plus ambitieux ont été promu au grade d’amiral. C’était son choix. Lors de son décès, il était commandant du dépôt des Équipages de la Flotte.

Tous les ans Léon et Gabrielle s’offraient le luxe d’une dizaine de jours à Paris. Ils aimaient beaucoup aller au théâtre et au concert, voyaient les pièces nouvelles. Le soir ils dinaient dans les excellents restaurants Maynerie, Lucas, etc. Dans ce temps là on circulait dans Paris avec le chapeau haut de forme qui changeait assez souvent. On achetait le chapeau du moment qui ne servait que pendant ce séjour. Bonne Maman allait également à Paris avec nous, Jeanne et Madeleine. Cherbourg étant proche de Paris, c’était l’usage pour les familles d’y faire une fugue au printemps.

Jeanne et Madeleine ont été baignée dans la vie maritime pendant leur enfance et leur jeunesse. Leur père avait beaucoup d’amis officiers. Il faut dire que l’on recevait beaucoup chez les Mulot. Gabrielle et Palmyre étaient toujours prêtes à rajouter un couvert. Il faut dire qu’elles avaient du personnel, il n’y avait pas de difficultés pour recevoir. Pour des jeunes filles comme Jeanne et Madeleine la vie était souvent une fête. Elles étaient constamment invitées à bord des bateaux de la marine avec leurs parents:

Extrait du Journal de Tante madeleine :

« Outre l’amiral Pephan (le bon Peph) qui nous invitait souvent à bord, l’amiral Bregard nous donnait de si belles fêtes à bord quand nous étions jeunes filles. Au moment des fêtes du Tsar à Cherbourg, les deux escadres étaient réunies en rade. Chaque bateau formait un énorme motif tout en lumière, avec les projecteurs c’était merveilleux. Nous étions à bord de la « Jeanne d’Arc » chez l’amiral Brégard. Une chaloupe et une vedette pour les parents et des baleinières pour les filles escortées d’une autre baleinière qui contenait la musique de l’Amiral. C’était nous qui commandions le programme de la musique. Que d’illuminations, c’était une splendeur.

Une autre fois pour je ne sais plus quel roi, nous étions invitées chez l’Amiral. Nous étions sur la dunette, ça pétaradait de tous les côtés et on étaient aveuglées par tous les éclairs des canons, tout tremblait à bord. Un enseigne nous avait distribué sur ordre de l’Amiral des tampons de coton qu’on s’était fourré dans les oreilles.

Cherbourg a toujours été le port des souverains. Je crois que nous les avons tous vus : le Tsar trois fois, le Roi d’Espagne, du Portugal, D’Italie, de Grèce, de Norvège, du Danemark.

Pour le roi d’Espagne, l’Amiral Touchard était à la préfecture et avec Hélène Touchard nous étions aux premières loges. Une autre fois c’était l’Amiral Besson, un très bon ami de papa, c’est nous qui avons fait honneur au déjeuner préparé pour le roi Alphonse XIII qui ayant été en retard a du appareiller sans déguster les bonnes choses préparées.

Quand le tsar Nicolas II est venu la première fois, son yacht le « Standart » a accosté au quai sur le bord duquel nous l’attendions. Il nous a salué puis est rentré dans le bateau chercher sa fille la princesse Olga qu’il nous a présentée. La préfète et sa fille étant absentes, nous étions seules alors c’est maman et nous deux qui avons eu les salam du Tsar, de la Tsarine et de la Grande Duchesse Olga.

Une autre fois nous étions sur le bateau Amiral lorsque le roi d’Espagne a passé en revue l’escadre et comme les femmes ne devaient pas être à bord, l’Amiral nous a fait nous cacher dans le blockhaus d’où nous avons assisté à la revue. Que n’avons nous pas vu comme bateaux étrangers : des escadres américaines, espagnoles, portugaises, argentines, russes. Pour la translation des cendres de Paul Jones, les américains ont passé deux mois à Cherbourg.

Papa avait constamment affaire avec le préfet et nous emmenait lorsqu’il y avait des enfants. Dans la marine les filles faisaient leur entrée dans le monde à la préfecture à 18 ans. Pour nous toutes c’était un événement qui nous faisait penser aux présentations à la cour d’Angleterre. »

Palmyre, Bonne Maman, était propriétaire de la maison d’Hauteville. Tous les ans, pendant les vacances d’été, la famille Mulot : Palmyre, Léon, Gabrielle et les deux filles Jeanne et Madeleine partaient à la campagne à Hauteville. Léon y venait régulièrement de Cherbourg. Il avait fait construire une cabine sur les dunes de la plage d’Hauteville. Parfois Jeanne et Madeleine s’y retrouvaient seules avec leur Grand Mère Palmyre. Gabrielle restait avec son mari puis venait les rejoindre.

À cette époque ce n’était pas une sinécure pour se rendre de Cherbourg à Hauteville et vice versa. Il fallait partir d’Hauteville à sept heures et demie et parcourir huit kilomètres pour se rendre à la gare d’Orval en carriole. Ensuite changement à Coutances, il y avait souvent un arrêt à Périers où Léon Mulot Durivage en profitait pour visiter sa ferme et puis également à la Haye-du-Puits où ils étaient reçus par leurs amis Décauville. On reprenait le train à seize heures pour arriver à Cherbourg à dix neuf heures.

Le décès de Léon Mulot Durivage survenu le 9 septembre 1907 a complètement chamboulé cette famille heureuse. Toute la famille était à Hauteville, lorsque Léon est mort des suites d’une angine de poitrine dont il souffrait depuis des années et ceci un mois après avoir donné sa démission. Ses derniers jours n’ont été que souffrance malgré la morphine.

Tante Madeleine écrit :

« Tout est fini, mon pauvre papa nous a quitté.

Dimanche soir les médecins avaient trouvé Papa si bien qu’ils nous avaient décidé à aller nous coucher laissant papa sous la garde de mon oncle Pierre et d’une religieuse venue du sacré cœur.

Nous dormions donc lorsqu’à cinq heures, oncle Pierre nous a réveillé en sursaut en nous disant : « dépêchez-vous c’est la fin. »

Nous nous sommes précipitées dans la chambre et déjà tout était fini. Mon pauvre Papa qui dormait sous l’influence de la morphine depuis quatre heures ne s’est pas réveillé. Les jours suivants nous avons été anéanties, atterrées.

Voilà douze jours que papa nous a quitté. Il me semble qu’il y a des mois que je ne l’ai pas vu. Comment allons nous faire pour vivre sans lui. Comme cela va être pénible de rentrer à Cherbourg que nous avions quitté si gaiement avec lui. Comme nous serons seules toutes les trois cet hiver quand Jeanne nous aura quitté. Je me retrouve seule avec Bonne Maman et Maman.

Cela a été un rude changement de vie, papa si gai nous manque tellement et avec lui disparaît toute la gaieté de la maison. Bonne Maman et Maman ont cependant été très courageuses et puis peu à peu les quatre filles sont venues remplir notre existence. »

La messe d’enterrement aura lieu à l’église d’Hauteville puis cérémonie à Granville où il recevra un dernier adieu de ses camarades sur le parvis Notre Dame. Léon Mulot Durivage sera inhumé au cimetière Notre Dame dans le caveau de la Famille Mulot. C’est également dans ce caveau que repose notre père Alfred Mayeux.

Le mariage de Jeanne et Hippolyte fixé au 22 octobre aura lieu à la date prévue mais dans des conditions bien tristes ( voir dans Famille Marie). Heureusement la famille Marie aura été très présente. Elle les invitera à passer un séjour dans la propriété de Vains avant de retourner à Cherbourg. Elles seront entourées d’une foule d’attentions et de prévenance. Le fiancé, Hippolyte, viendra passer quarante huit heures.

Cette branche des Mulot Durivage disparaît. Les dernières représentantes sont toutes des filles : Jeanne mariée à Hippolyte Marie aura quatre filles, Madeleine mariée avec Paul Gourdan n’aura pas d’enfants, le cousin René aura deux filles : Marie et Marguerite.

Quand on pense aux dix sept enfants de Robert Mulot.

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